ENTRE LES LIGNES ET LES VOIX
Vendredi dernier, je suis sortie d’un gros coaching avec Patrick Chouinard, la tête pleine et une tonne de choses à retravailler.
Il m’a challengée, poussée à revisiter certains acquis et surtout amenée à entendre autrement des choses que je pensais déjà maîtriser.
Le genre de coaching qui te fait sortir de ta zone de confort… mais aussi avec l’impression d’avoir une nouvelle porte à ouvrir dans ton métier.
Et forcément, pendant un instant, la perfectionniste en moi a regardé tout ce qu’il me restait encore à apprendre plutôt que tout le chemin que j’avais déjà parcouru.
Pendant un moment, je me suis remise en question. Puis j’ai réalisé quelque chose d’assez évident, finalement. Je venais de passer quelques heures à travailler avec quelqu’un qui a derrière lui une immense expérience du métier. Des milliers d’heures en studio, des centaines de projets, des années à pratiquer, à jouer, à essayer, à ajuster. Et moi, je sortais de là en regardant tout ce qu’il me restait encore à apprendre.
Mais c’est un peu comme commencer un marathon et se décourager parce qu’on n’est pas déjà au kilomètre 30. On peut regarder ceux qui sont plus loin. Observer leur foulée. Écouter leurs conseils. Apprendre de leur expérience. Peut-être même éviter quelques détours grâce à eux. Mais on ne peut pas sauter du kilomètre 5 au kilomètre 30.
Il faut parcourir ceux qui se trouvent entre les deux.
Et surtout, être au kilomètre 5 ne veut pas dire qu’on est mauvais.
Ça veut juste dire qu’on est… au kilomètre 5.
Alors pourquoi est-ce parfois si difficile de s’accorder la même logique dans notre parcours professionnel?
Pourquoi regarder tout le chemin qu’il nous reste à parcourir comme la preuve qu’on n’est pas encore assez bon, alors que ce chemin est justement celui qui va nous permettre de le devenir?
Et cette réflexion m’a ramenée à quelque chose que l’entrepreneuriat m’apprend depuis que je me suis lancée :
Je suis imparfaite. Et c’est bien correct. Parce que je pense que c’est exactement pour ça que j’avance.
Et disons que j’ai rapidement compris que j’allais devoir choisir mes batailles.
Parce qu’en devenant entrepreneure, j’ai découvert une réalité assez incompatible avec mon besoin que tout soit parfait : à un moment donné, il faut avancer.
Il faut envoyer cette audition même si, en la réécoutant une quinzième fois, on trouve encore quelque chose qu’on aurait pu faire autrement. Il faut mettre son site en ligne même si on sait déjà qu’on voudra le modifier dans six mois. Il faut accepter un contrat qui nous sort un peu de notre zone de confort. Il faut publier ce projet qu’on aime, même s’il ne ressemble pas encore tout à fait à ce qu’on avait imaginé dans notre tête.
Et ça, pour la perfectionniste en moi, ça n’a pas toujours été facile.
J’ai dû apprendre qu’avancer ne voulait pas dire attendre d’être parfaitement prête. Parce que si j’attends d’être prête pour le dixième kilomètre avant même d’oser courir le premier, je risque d’attendre longtemps sur la ligne de départ.
Le premier kilomètre ne sera probablement pas le plus beau, le plus rapide ni le plus maîtrisé.
Mais il faut bien le courir pour pouvoir atteindre le suivant.
Et je pense que l’une des choses les plus difficiles que j’ai dû apprendre depuis que je suis entrepreneure, c’est justement de me dire : « OK. Ce n’est pas parfait. Ce n’est peut-être pas exactement comme je voudrais que ce soit. Mais c’est assez pour avancer d’un pas. »
Pour une perfectionniste, ce n’est vraiment pas naturel. Mais aujourd’hui, lorsque je regarde tout ce que j’ai construit depuis que j’ai commencé, je réalise une chose : Si j’avais attendu d’être parfaite avant de faire un pas en avant, je serais probablement encore à la ligne de départ.
Si j’avais attendu que ma toute première histoire ait un son parfait, des illustrations parfaites et une narration parfaite avant d’oser la publier… elle ne serait probablement toujours pas en ligne aujourd’hui.
Et les 44 histoires qui ont suivi non plus.
Parce que c’est justement en créant la première que j’ai appris à faire la deuxième. Puis en faisant la deuxième que j’ai appris à faire la troisième.
Et quelque part entre toutes ces histoires, sans vraiment m’en rendre compte, j’ai progressé.
Pas parce que j’ai attendu d’être meilleure avant de commencer.
Mais parce que j’ai commencé pour pouvoir devenir meilleure.
Quand je réécoute certaines des premières histoires que j’ai enregistrées pour La Boîte Magique, j’entends une foule de choses que je ferais différemment aujourd’hui.
Mon interprétation a évolué. Ma façon d’utiliser ma voix aussi. Ma technique d’enregistrement, mon matériel, ma compréhension de la narration et même ce que je cherche à faire ressentir à travers une histoire ne sont plus tout à fait les mêmes.
Est-ce que ça veut dire que je n’aurais pas dû publier ces premières histoires?
Absolument pas.
Au contraire. Ces premières histoires faisaient partie de mes premiers kilomètres. Je ne pouvais pas les sauter, parce que ce sont justement elles qui m’ont permis d’enregistrer les suivantes.
Et surtout, j’espère sincèrement que les histoires que j’enregistre aujourd’hui ne seront pas non plus de la même qualité que celles que j’enregistrerai dans cinq, dix ou vingt ans.
Heureusement.
Ça voudra simplement dire que j’aurai continué d’apprendre.
Je pense qu’on fait parfois une erreur lorsqu’on regarde les professionnels qu’on admire.
On voit leur aisance aujourd’hui. On entend leur maîtrise. On voit le résultat. Mais on ne voit pas nécessairement tous les kilomètres parcourus avant d’en arriver là.
Alors on compare parfois notre kilomètre 5 au kilomètre 30 de quelqu’un d’autre. Et forcément, l’écart semble immense. Mais cet écart ne signifie pas qu’on n’est pas à notre place, il signifie simplement qu’il nous reste du chemin à parcourir.
On peut se former. On peut pratiquer. On peut s’entourer de gens qui ont énormément à nous apprendre. On peut profiter de leur expérience pour comprendre certaines choses plus rapidement et éviter quelques détours.
Mais il y a des kilomètres que personne ne peut parcourir à notre place.
Et finalement, je crois que c’est une bonne chose.
Je pense que c’est une nuance importante. Accepter que quelque chose ne soit pas parfait ne veut pas dire se satisfaire de n’importe quoi. Ce n’est pas arrêter d’avoir des standards, de travailler ou de se former.
Pour moi, c’est plutôt apprendre à reconnaître la différence entre : « Je peux encore améliorer ça. » et
« Je ne peux pas avancer tant que ce n’est pas parfait. »
La première pensée nous pousse à évoluer.
La deuxième peut facilement nous immobiliser.
Aujourd’hui encore, j’ai envie de devenir meilleure. J’ai envie de travailler mon interprétation, de découvrir de nouvelles facettes de mon métier, de me faire challenger et de continuer à apprendre auprès de personnes qui en savent beaucoup plus que moi.
Mais j’essaie de ne plus utiliser la professionnelle que je voudrais être demain pour diminuer celle que je suis aujourd’hui.
Parce que celle d’aujourd’hui travaille justement très fort pour construire la suivante.
Aujourd’hui, j’essaie donc de remplacer une question. Au lieu de me demander constamment : « Est-ce que c’est parfait? » J’essaie plutôt de me demander : « Est-ce que c’est suffisamment bon pour me permettre de faire le prochain pas? »
Si la réponse est oui, j’avance, j’apprends, je corrige et je recommence. Et la prochaine fois, j’essaie de faire un peu mieux.
Je crois que c’est finalement ça que j’essaie d’apprendre : accepter la professionnelle que je suis aujourd’hui, tout en continuant de construire celle que je serai demain.
Alors, d’ici là, je vais continuer d’enregistrer. D’essayer. De me tromper. De recommencer. De me former auprès de gens qui ont énormément à m’apprendre.
Et surtout, continuer d’avancer.
Comme je vous le disais au début de cet article, cette réflexion est née à la suite d’un coaching avec Patrick Chouinard Alias PATCHOUINE LA MACHINE.
Quelques heures qui m’ont permis de revisiter certains de mes acquis, mais surtout de repartir avec une foule de choses à explorer et à travailler.
Si vous êtes curieux d’en savoir un peu plus sur lui et son parcours, je vous invite à découvrir son univers sur son site : https://www.patchouinelamachine.com/
Et qui sait…
Peut-être aurez-vous aussi bientôt l’occasion de faire un peu plus connaissance avec lui dans un prochain épisode de Derrière la Voix. 😉
Peut-être que vous lisez tout ça en vous disant :
« C’est bien beau… mais moi, je rêve de faire de la voix off et je ne sais même pas par où commencer. »
Alors votre premier pas n’a pas besoin d’être immense.
Pour moi, une grande partie de cette aventure a commencé avec l’Académie Voix Off Home Studio.
C’est là que j’ai appris plusieurs des bases qui m’ont permis de passer de « j’aimerais faire de la voix off » à « je fais de la voix off ».
Si cet univers vous attire et que vous souhaitez simplement comprendre un peu mieux le métier, le fonctionnement d’un home studio et les premières étapes pour se lancer, l’Académie propose une masterclass gratuite qui peut justement être ce premier petit pas.
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N’attendez pas de vous sentir parfaitement prêt.
Parce qu’au fond, que vous en soyez à votre premier kilomètre ou beaucoup plus loin sur le parcours, l’objectif n’est pas d’être parfait.
C’est de continuer d’avancer.
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